Fiches de lecture : l’argent volé

PRÉDATEURS FINANCIERS ET INTOUCHABLES D’ÉTAT

A l’heure du « Grand Débat », cette mystification de la Macronie pour mieux « casser » le mouvement « Gilets Jaunes » et la contestation populaire , deux livres sont là pour nous rappeler que l’argent existe en France pour financer les services publics mais qu’il est volé par quelques-uns et non au service du peuple.

Le premier s’intitule « LES PRÉDATEURS - des milliardaires contre les états, ou – leur rapacité face aux lâchetés politiques ». Il a été écrit par deux journalistes d’investigation : Denis ROBERT ( à l’origine du scandale Clearstream- poursuivi pour diffamation puis intégralement blanchi après…10 années de procédures) et Catherine LE GALL spécialisée dans les dérives de la finance. C’est une enquête minutieuse sur deux milliardaires : Albert FRERE, un belge, et Paul DESMARAIS , un canadien. Tous les deux ont hérité d’une entreprise familiale ne valant pas un clou, mais, en bons libéraux, investissant dans les meilleurs juristes, associés aux plus grosses banques d’affaires, agissant autant en France qu’en Afrique ou Amérique du Sud, ils ont pu bâtir leur immense fortune en partie sur le dos des Etats.LesPredateurs

Durant plus d’une année, après des rencontres-interviews d’un député belge, de chefs d’entreprises floués, de magistrats enquêteurs, d’investigateurs lanceurs d’alertes, voire de complices d’état, ces journalistes découvrent les « secrets de fabrication » de cet enrichissement faramineux et rapide de ces prédateurs libéraux au détriment des états. Ces « affaires scandaleuses » sont connues :

  • La vente en 2006 à la Caisse des Dépôts-Groupama-Natixis (sous tutelle de l’Etat) de la chaîne de hamburgers QUICK avec une plus-value de 91 millions d’€ pour Albert Frère !

  • L’achat en 2006 de la raffinerie Pasadena (détenue par un holding financier d’Albert Frère) par la Compagnie Brésilienne Petrobras qui passe de 42,5 millions de dollars à 1,18 milliards soit une culbute de 1 600 % pour Albert Frère ! Et hélas avec la complicité de Dilma Roussef, cheffe de l’Etat brésilien et présidente du Conseil d’Administration.

  • En 2007, l’achat par AREVA d’URAMIN (AREVA dirigé par Anne Lauvergeon, cet organisme para-public est actuellement sur-endetté et c’est l’état français qui comble le déficit ).URAMIN détient d’autres mines en Afrique du Sud en Namibie et à Bakouma. L’addition grimpera de 471 millions de dollars à 2,5 milliards d’euros, soit 10 fois son investissement initial. Après une première instruction en 2007 pour « escroquerie » non aboutie, l’affaire est relancée judiciairement fin 2018 avec mise en examen de deux personnes supplémentaires : « diffusion d’informations trompeuses-publications de comptes inexacts ».

  • La fusion GDF-SUEZ, qui deviendra ENGIE en 2015. Tout commence quand le 9 août 2004, EDF et GDF sont transformées en sociétés anonymes puis le 3 octobre 2006 quand GDF est privatisé. Albert Frère et son complice Paul Desmarais, devenus les plus gros actionnaires de SUEZ grâce à la vente de QUICK, projettent de fusionner avec GDF. Au sein des politiques (droite ou socialistes) deux clans s’affrontent : les partisans de la fusion et les opposants.. Durant la campagne présidentielle, Sarkozy annonce qu’il fusionnera GDF et SUEZ. Après sa victoire en 2007, il lance l’opération et les actions de SUEZ seront multipliées par 10. Après moultes péripéties juridiques, européennes, la fusion sera effective le 2 juillet 2008. Albert Frère et Desmarais ont vu leurs actions grimper à 5 milliards d’euros …en 6 mois ( l’état français n’a qu’un représentant au Comité de rémunérations qui distribue salaires, jetons de présence et richesses).

Au niveau européen, on apprend en octobre 2018, après enquête menée par plusieurs médias internationaux, que 55 milliards d’euros ont été subtilisés en 15 ans à plusieurs états dont la France par des banquiers « opérant en bande organisée sur les marchés ». D’où cette demande d’Eva JOLY, ( députée européenne verte et Vice-présidente de la commission TAXE.3) « enquêter

sur ces banques en urgence, les états devant renforcer leur législation et les  échanges d’information  pour empêcher ces fraudes fiscales en bande organisée ».

Peut-on espérer la concrétisation européenne de cette exigence démocratique? En tout cas en France, ( article du 21 février de la presse locale) le tribunal correctionnel de Paris vient de juger le géant bancaire suisse UBS pour « démarchage bancaire illégal » et « blanchiment aggravé de fraude fiscale » en le condamnant à une amende de 3,7 milliards d’euros, la plus lourde peine infligée par la justice française dans une affaire d’évasion fiscale. La filiale française du groupe suisse, UBS France, a été condamnée pour complicité des mêmes faits à une amende de 15 millions d’euros. En plus, le tribunal a condamné UBS et 3 de ses anciens cadres à payer 800 millions d’euros de dommages et intérêts à l’état français, partie civile. Cette affaire n’est sans doute pas terminée.

Que conclure des révélations de ces longues enquêtes  de Denis ROBERT et Catherine LE GALL, journalistes écrivains d’investigations dénonçant ces mécanismes? De nombreux grands « financiers » font des enrichissements scandaleux sur le dos des états, donc des contribuables, et avec des complicités de hauts fonctionnaires et d’élus corrompus. Il reste la législation anti-corruption à renforcer au niveau européen et des états : gardons espoir dans la mobilisation citoyenne.

Le second livre s’intitule LES INTOUCHABLES D’ETAT - « Bienvenue en Macronie »- et est écrit par Vincent JAUVERT , spécialiste de l’investigation à l’hebdo « L’Obs ». Grâce à une centaine de témoignages et de documents inédits, Vincent révèle les secrets inavouables de ces intouchables d’état si nombreux au sein de la Macronie mais une « caste » existant depuis fort longtemps au sommet de l’Etat français.

Qui sont-ils ces « intouchables » ?

    • des hauts cadres de Bercy rémunérés plus de 200 000 euros par an, puis recrutés par des grands groupes pour leur révéler les fragilités des règles fiscales…qu’ils ont eux-mêmes édictées

    • des conseillers d’Etat qui monnayent dans le privé leur connaissance intime de l ’appareil administratif… avant de revenir dans la fonction publique profiter à vie de leur statut

    • des inspecteurs des Finances dont les erreurs de gestion peuvent coûter des millions d’euros aux contribuables, rarement sanctionnés et souvent promus

    • parfois quelques hauts cadres syndicaux, des écrivains illustres (Eric Arnoult, alias Erik Orsenna, nommé en 1985 au Conseil d’Etat ayant aujourd’hui une bonne retraite ou Marc Lambron, ancien de l’ENA)

lesIntouchablesDEtatD’où viennent-ils ? Presque tous et toutes de l’ENA ou du Corps des Mines se mariant la plupart entre eux sachant que ceux qui sortiront dans les 15 premiers, la « botte », pourront aller à Bercy, au Conseil Constitutionnel, au Conseil d’Etat, à la Cour des Comptes. Le « Graal » pour ces hauts fonctionnaires : un détachement dans les entreprises publiques ( salaire plafonné depuis 2013 à 450 000 euros/an !!!) ou ces agences et organismes publics de l’Etat créés pour « démanteler et externaliser l’administration » :citons AFPA, ADEME, Le Grand Paris, Business France, SNCF voyageurs, Hôpitaux de Paris… et celles créées par l’ouverture à la concurrence de l’Europe  comme l’ARCEP (pour la téléphonie), le CRE (pour l’énergie)… On en comptait 1244 en 2012 !!!

Tous ces privilèges permettent ainsi d’aller au bout de 4 ans dans le privé et de revenir dans son cadre d’origine « (le « pantouflage »). On a vu ainsi ces hauts fonctionnaires prendre des directions d’entreprises privées bien payés, entrer dans des banques, devenir des lobbyistes dans des cabinets d’avocats d’affaires voire créer leur propre cabinet.

A-t-on voulu réformer cette scandaleuse situation ? Oui, mais cet « état dans l’état » a fait échouer toutes les tentatives : du temps de Sarkozy, sous Hollande : Marylise Le Branchu et Annick Girardin n’ont pu mener à bout leurs réformes.

Alors tout cela coûte moins cher à l’Etat ? Hélas non avec ces salaires mirobolants dans cette politique néo-libérale encore accentuée par le « Macronisme ».

Ainsi, on comprend mieux ces révoltes dans le pays, ces aspirations populaires à la fin des privilèges, à la transparence publique, à la démocratie participative…bref à une « révolution » constitutionnelle qui mette fin à la « monarchie républicaine » et instaure une « 6ème république » où « liberté, égalité, fraternité » prendront tout leur sens.

Norbert BEALU février 2019

PS : Sur France 2, le jeudi 7 février, l’émission « Complément d’enquête » présentée par Jacques Cardoze a confirmé ces investigations journalistiques en montrant comment les riches peuvent s’enrichir au détriment de l’Etat français.

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