Fiche de lecture : les 5 fractures

LES 5 FRACTURES FRANÇAISESAEgilet

Le mouvement des gilets jaunes a explosé lorsque le gouvernement Macron a décidé d’augmenter les taxes sur le gaz-oil et sur l’essence au premier janvier 2019. Mais son origine est plus lointaine puisée dans les dynamiques inégalitaires qui travaillent la société française depuis plusieurs années.
La revue « Alternatives Economiques » de janvier 2019 présente ces fractures sociales en cinq chapitres très documentés :

1 – Le pouvoir d’achat des plus modestes en berne : Selon l’INSEE, le niveau de vie moyen des 40 % de Français les moins riches a diminué entre 2008 et 2016 et si celui des 10 % les plus riches a aussi diminué, il ne concerne pas le 1 % des ultra riches qui ont vu leurs dividendes grimper. Cette baisse du niveau de vie est surtout liée aux « dépenses contraintes » des ménages ( nourriture, logement, assurances, cantine…) ; ainsi aux 10 % de français les moins aisés, il reste 180€ pour le revenu dit « arbitrable » (vêtements, sorties… et les pleins de carburant) : pour la tranche des 10 % juste au-dessus : 380 € et la 3ème tranche suivante : 540 € . A cela s’ajoutent la diminution de 5 € de l’APL, le bloquage des retraites par rapport à l’inflation, la hausse de la CSG… et la suppression de l’Impôt sur la Fortune (ISF) en 2018.

2- Des logements trop chers, la France étant la championne des prix de l’immobilier. Ainsi le ratio entre le prix des logements et le revenu disponible des ménages à la mi-2018 était de 163 pour la France ( 154 en province mais 253 à Lyon!) alors qu’il est de 151 pour l’Espagne, 112 aux Pays bas, 110 aux Etats Unis et 100 en Allemagne. Ce décalage entre le prix de l’immobilier et les revenus des ménages a entraîné l’éloignement entre les lieux de travail et le domicile ( d’où cette révolte contre la hausse des carburants) et des inégalités massives, voire des impossibilités, pour l’accès à la propriété.

3- Pour le climat, un effort inégalement réparti . La taxe carbone pèse 4 à 5 fois plus dans le budget des plus pauvres que dans le budget des plus aisés. Et malgré les mécanismes de compensations (chèque énergie, prime à la reconversion des vieux véhiciules, aide au remplacement des chaudières au fuel) ces dernières sont insuffisantes pour conjuguer le social et l’environnemental.

4-Des classes moyennes en panne d’avenir : ce sont sans doute ces fractions stables des classes populaires et de la petite classe moyenne ( le « haut du panier » de la France d’en bas) qui ont envahi les ronds-points car ils font face au décalage croissant entre leurs aspirations et leurs situations. La stagnation de leur pouvoir d’achat bouche leurs perspectives et accentue la peur du déclassement.

5- Péri-urbain et zones rurales : malaise plutôt que déclin ? Cette « France périphérique » oppose les métropoles mondialisées et dynamiques aux territoires péri-urbains et ruraux. Cette lecture trop globale cache en fait des territoires socialement très divers sachant que certaines métropoles sont à la traîne comme Saint Etienne, Nice, Rouen, Lille, que certains territoires non métropolitains voient leur tissu économique qui résiste ou se développe. Mais le piège de cet étalement urbain et de son corollaire « système automobile » plus contraignant a accentué le désarroi dù aux variations des conditions matérielles de vie.

Comment alors ne pas comprendre ce sentiment de mépris des puissants de la part des « gilets jaunes », ce « ras le bol généralisé » contre Macron et ses paroles blessantes, contre sa majorité gouvernementale.

Norbert , le 1er janvier 2019

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